BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE
LE MANS
1996/1999/2004
Architectes : E. et L. Beaudouin
Architectes assistants : C. Presle, chef de projet, A. Crupi, C. Latwwein, A. Scalabrino, J.C. Matt.
La bibliothèque est située sur l'axe principal d'un campus universitaire dont les édifices sont très hétérogènes du point de vue du langage. Le site manque d'unité et la topographie dans laquelle s'inscrit le bâtiment de la bibliothèque est partiellement artificielle. Le projet s'adapte à cette situation difficile en cherchant des points d'ancrage dans la pente factice produite par le bâtiment voisin, comme pour lui donner du sens. L'entrée de la bibliothèque est située au Nord le long du boulevard principal et la façade peinte de brun sombre se présente en conte-jour pour laisser transparaître sa luminosité intérieure. La façade est détachée de la structure et se présente comme une lame suspendue, détachée du bâtiment pour recevoir la lumière du Sud et la réfléchir vers l'intérieur. La lumière solaire, pénétrant par deux verrières zénithales balaye l'intérieur du mur au cours de la journée, sans pénétrer directement dans la salle de lecture. Elle montre le passage du temps comme une forme en mouvement. Cet hommage au soleil apparaît à l'intérieur du hall à travers trois puits de lumière cylindriques dont l'inclinaison en éventail formule, de façon métaphorique, le mouvement du soleil. Ces canons de lumière projettent au sol le mouvement du cercle solaire, comme s'ils dessinaient son trajet autour de la terre. Sur le côté du hall s'élève une rampe qui accompagne le parcours du visiteur jusqu'à l'étage et se prolonge vers une terrasse ouverte sur le paysage. Au niveau d'entrée, dans la prolongation du hall, se trouve une salle consacrée aux périodiques dont la mezzanine en porte-à-faux est tenue par un dispositif structurel inédit de murs courbes décalés. Cette forme réalisée en béton blanc, par vagues successives et décalées, est proche dans sa plastique des courbes de l'école de Gaudi à Barcelone et des structures inventées en Uruguay par Éladio Dieste. Elle permet d'assurer un contrepoids en pied à la dalle en porte-à-faux et d'en avancer par périodes le point d'appuis inférieur. La salle prend sa lumière en toiture par une trame régulière de cylindres et une verrière transversale qui éclaire les structures de béton. Au premier étage, de part et d'autre du bâtiment, les deux grandes salles de lecture s'ouvrent sur deux niveaux. Chaque salle a une spatialité différente. La première est ouverte sur le hall et comporte une mezzanine traçant un carré en couronne autour du vide central. Elle est entourée de volumes suspendus formant des alvéoles qui permettent un rapport intime à la lecture. Le centre de la salle trouve sa clarté dans trois fentes qui diffusent la lumière en se réfléchissant sur les structures porteuses en béton. La travée centrale franchit la largeur de la salle d'un seul jet par deux poutres jumelles descendant au niveau de la mezzanine à la hauteur des yeux. La seconde salle de lecture est séparée du hall par un patio. Elle s'éclaire à l'étage par une couronne colorée et suspendue qui surmonte un vide circulaire en mezzanine. Le bâtiment est éclairé au Sud par deux immenses panneaux de pavés de verre. Le plus haut est protégé du soleil direct par un claustra de béton peint d'un rose vif qui entre en contraste avec la couleur sombre des façades. Entre les deux niveaux de briques de verre se glisse une fente vitrée sur toute la longueur, préservée du soleil par une série de fines lames de verre verticales qui donnent l'impression paradoxale de porter le bâtiment.