ÉTABLISSEMENT THERMAL
VITTEL
1989/1991
Architectes : E. et L. Beaudouin
Architecte associée : M.H. Contal
Architectes assistants : A. Casari, T. Mercier

Le plan de restructuration de l'ensemble thermal s'est fait par étapes successives, réalisées sur plusieurs années. Il comporte la restauration du patrimoine historique du premier établissement thermal construit par Charles Garnier en 1890 et l'agrandissement des thermes. Après la réalisation du premier bâtiment, un projet d'ensemble a été proposé sur l'ensemble du site, en remplacement d'un simple projet de réhabilitation des édifices existants. La démolition de certains bâtiments, surajoutés sans cohérence en fonction des besoins, a permis la clarification du plan d'origine principal et la création d'un jardin intérieur vers lequel s'ouvre une partie du projet. Ce projet a permis l'expérimentation de plusieurs thèmes de projet qui trouveront plus tard leur développement.

ESPACE FORME

Commencé en 1988, le projet devait conserver la volumétrie d'un bâtiment existant qui était la première usine d'embouteillage des eaux de Vittel. Il contient des petites salles de massage réunies sur deux niveaux par un espace commun. À l'extrémité des gradins, une fente, ouverte dans le toit, crée une longue ligne de lumière qui balaye le mur nord au cours de la journée. Les façades latérales, en verre sablé par bandes horizontales, sont structurées par des lames verticales d'acier servant d'ossature au bâtiment. Elles suspendent des brise-soleil en lames de verre sablé, dont le pas serré préserve l'intimité intérieure. Ce projet utilise pour la première fois l'idée du brise-soleil en verre horizontal développé plus tard en grande dimension dans le projet du pôle de gestion à Nancy. Ce principe sera plus tard abandonné au profit des brise-soleil verticaux.

LES THERMES

Le projet est articulé au bâtiment existant par une galerie longeant l'ancienne façade et une demi-coupole suspendue au-dessus de l'espace d'entrée. Dans l'axe de la coupole, un puits de lumière conique, légèrement incliné, dirige la lumière prise en terrasse jusqu'au rez-de-chaussée en traversant l'étage. La présence de la coupole est une évocation des coupoles thermales anciennes. La galerie est éclairée par une ouverture zénithale séparant clairement les deux volumes. Les fenêtres du bâtiment existant ont été fermées pour donner à la façade un rôle d'écran qui reflète le mouvement de la lumière solaire. Le rez-de-chaussée dessine un socle contenant en partie les fonctions techniques. L'étage est un plan ouvert où les éléments de programme s'inscrivent librement dans une trame régulière. La structure du bâtiment est formée de colonnes circulaires en béton blanc poli, préfabriqués en usine pour répondre au très court délai du chantier. Les volumes installés dans la trame ont des matières et des couleurs différenciées permettant une identification facile du programme. Le plafond en lames de bois assure l'unité des espaces et règle d'une manière invisible les questions d'éclairement, de ventilation et d'absorption phonique. Une piscine en demi-lune s'installe sous le volume courbe du deuxième étage. L'entrée dans la piscine se fait en descendant sous un voile de béton poli suspendu au-dessus de l'eau. Derrière ce voile, un escalier conduit au deuxième niveau où sont regroupées les parties du programme les plus bruyantes. Une ouverture laisse descendre la lumière le long de la courbe.

ESPACE BEAUTE

Ce programme est situé à l'extrémité de la grande galerie et compose avec le bâtiment thermal un jardin intérieur. Un bâtiment existant, réalisé en 1905 par l'agence de Charles Garnier est aménagé en espace d'accueil. L'arrière du nouveau bâtiment, du côté du jardin intérieur, est composé d'une façade rideau en bois et d'une épaisseur de brise-soleil constituée de lames verticales en verre blanc émaillé, reprenant le travail développé en béton par le Corbusier. Ce projet est le premier d'une longue série à développer l'idée de brise-soleil verticaux en verre. Le verre émaillé remplace le béton proposé par Le Corbusier pour conserver un apport de lumière suffisant à travers la matière du brise-soleil et créer une luminosité plus douce. L'ossature est formée de poteaux en béton indépendants de la structure du bâtiment, les verres posés sans ossature sont simplement glissés directement dans des engravures du béton. Les brise-soleil préservent l'intimité intérieure, les lames de verre émaillé laissant visible du dedans le jeu mouvant des ombres.

SALLE DE REPOS

Ce projet porte sur l'aménagement d'un petit bâtiment du début du siècle. L'espace principal a gardé sa volumétrie initiale. Un arrondi à l'angle de la salle a été accentué pour former une paroi courbe qui accompagne le regard vers l'ouverture vitrée de l'entrée. À l'angle opposé, deux murs s'interpénètrent pour dégager une fenêtre au niveau du sol et laisser une ouverture vers le jardin. Un creux est ménagé pour une fontaine distribuant trois sources d'eau minérale. Au-dessus de la fenêtre, un trapèze vertical de verre blanc suspendu, accompagne l'inclinaison d'une lumière zénithale. Un second trapèze de verre, en réponse au premier, traverse le plafond. La pente du verre et son émergence reproduisent les variations nuancées de lumière. Entre les deux trapèzes et la paroi courbe s'établit un lent mouvement visuel qui diffère selon l'intensité de la lumière. Cette composition trouve son origine dans un tableau de Malevitch dans lequel un grand trapèze jaune s'immerge dans une profondeur blanche. Le trapèze vertical a été par la suite démoli et le mobilier prévu pour ce bâtiment n'a jamais été réalisé.

GALERIE DE LIAISON

Une galerie de liaison à fait l'objet d'une étude sans suites, pour relier les thermes aux hôtels en utilisant la forte différence de niveau du terrain. Une salle courbe souterraine donne accès à l'Hôtel Palace, en jouant de l'inclinaison du sol pour permettre le passage sous un voile de béton courbe qui sert de structure à l'ensemble. Une ouverture laisse glisser la lumière du jour sur le mur qui sert de soutènement.

PAVILLON DE LA SOURCE

Ce pavillon, construit en 1890 pour abriter la source souterraine de Vittel, est l'édifice le plus ancien de l'ensemble thermal. L'intérieur du pavillon a été transformé pour permettre la visite d'une salle enterrée d'où l'on peut voir la faille géologique contenant la source. Dans le pavillon lui-même, une coupole blanche couvre une salle circulaire revêtue de stucco gris clair. Près de l'escalier incurvé en granit bleu est installée une sculpture-tour de Yoshi Okuda.

PALMARIUM

Le Palmarium est la seconde usine d'embouteillage réalisée sur le site à proximité des thermes. Elle a été transformée dans les années 30 pour recevoir une petite piscine de style art-déco. Une esquisse a été faite pour transformer l'édifice en un espace thermal. Une grande coupole couvre un espace central qui s'ouvre sur un jardin intérieur.