Le site de la médiathèque est en bordure de la partie la plus ancienne de Poitiers. Le terrain chevauche un des murs d'enceinte qui protégeait la vieille ville à la fin de l'époque romaine, dont un fragment sera conservé dans le niveau bas du bâtiment. Le site comporte également, à proximité, un patrimoine roman important avec lequel le bâtiment entretient un dialogue direct. La présence de l'église "Notre Dame la Grande" servira de ferment à une partie importante de l'expression de la médiathèque. Dans ce site déjà complexe, l'édifice de l'université, construit en bordure du terrain au XVII° siècle, va servir de modèle pour comprendre comment un édifice de dimension semblable peut s'inscrire sans heurt dans un tissus urbain médiéval. Le programme du concours portait sur l'agrandissement du bâtiment de l'ancienne bibliothèque, lié à l'université. Le projet n'a pas suivi cette hypothèse pour proposer un volume indépendant, en retrait par rapport à l'existant. Il s'est adossé sur les murs des maisons mitoyennes et utilise une géométrie claire, à l'image de l'Université. Sa géométrie est basée sur un simple carré qui prend sa lumière sur trois côtés : Est, Ouest et Nord. Ce recul a permis la création d'un jardin public entre l'Université et la Médiathèque, utilisé comme parvis d'entrée du bâtiment. La pente du terrain a servi à créer deux niveaux d'entrée : la plus basse s'ouvre sur un parvis vers la vieille ville, l'autre s'ouvre sur une rampe, côté jardin. L'influence du contexte n'est pas la seule à avoir marqué la genèse du bâtiment : le projet a été étudié après un voyage en Inde et l'exemple des "Millowners" à Ahmedabad s'est imposé comme un modèle possible, pour imaginer un édifice à plan carré, accessible par une rampe. Le projet de la médiathèque voulait retrouver un peu de la fluidité, de la lumière et du mystère de ce bâtiment de Le Corbusier. Il développe la théorie du plan libre dans un métissage entre le langage moderne de l'architecture et une évocation romane, faite de lumières, de pierres et de couleurs. La proximité de "Notre Dame La Grande", où la volumétrie initiale est perturbée par des adjonctions de volumes successifs et dont certains espaces intérieurs conservent une polychromie éblouissante, a servi d'incitation pour une architecture dont la volumétrie complexe semble se condenser autour du carré géométrique d'origine. L'entrée du bâtiment se fait par la rampe de pierre qui le relie au jardin. Après un passage où l'espace se resserre, le hall s'ouvre sur toute la hauteur, laissant apparaître un volume de béton suspendu et énigmatique qui empli de sa forme courbe le vide carré de l'espace. Le volume est surmonté d'une série de puits de lumière éclairant l'intérieur de la médiathèque d'une lumière dont les couleurs changent suivant la position du regard. Le reflet des couleurs s'inspire de l'art cinétique et en particulier, de l'œuvre du peintre Luis Tomasello. Les puits de lumière émergent sur la terrasse du dernier niveau comme des sculptures abstraite qui renversent à l'extérieur l'effet plastique intérieur. Le projet est le premier d'une longue série expérimentant la présence des rampes comme moyen de dilater le temps et de permettre le passage du temps rapide de la vie urbaine au temps ralenti de l'architecture. Ce ralentissement du temps, freiné par le lent parcours de la rampe est accompagné d'une sensation physique différente, où le corps change de position et se réveille dans son rapport à la gravité. Autour de l'édifice, la lumière se diffuse et se colore en suivant l'orientation des façades pour donner aux espaces des atmosphères différentes. Dans la salle consacrée aux vidéos, trois alvéoles de béton s'insèrent dans les structures extérieures pour former des espaces intimes permettant de visionner des films. Ces salles, peintes de trois couleurs différentes, sont éclairées par des cercles de verre laissant pénétrer une lumière solaire qui trace sur les murs courbes des formes à la géométrie abstraite. La lumière du soleil et la lumière artificielle se superposent, évoquant leur différence comme dans la métaphore de la caverne de Platon.