BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE
BELFORT
1996/1999
Architectes : E. et L. Beaudouin
Architectes assistants : A. Creusot, chef de projet, A. Purpuri, C. Presle

La ville de Belfort est dominée par un ensemble impressionnant de fortifications, en partie dessinées par Vauban, dont les géométries anguleuses s'ancrent fortement dans la topographie. La bibliothèque universitaire est située en contrebas, dans le centre ville, non loin de la rivière. Le bâtiment s'aligne sur un temple construit au XIX° siècle et prend un peu de recul par rapport à la rue pour élargir légèrement la voie et ménager un espace planté le long de sa façade. Son entrée est tournée au Nord vers l'intérieur de l'îlot, à l'endroit où se situe la traversée piétonne qui relie les différents bâtiments. Le mur qui la domine par son opacité est suspendu aux structures, pour former un surplomb protecteur sur la largeur d'une travée. Les deux angles latéraux sont libres de tous supports créant une impression de légèreté. Le mur Nord est également indépendant de la toiture, pour laisser passer la lumière qui éclaire, par réflexion, les deux niveaux de la salle de lecture. Du côté Sud, face au temple, un pare-soleil de verre sérigraphié, vient créer une matière cristalline en contraste avec la pierre et le béton blanc du bâtiment. Sa structure est en encorbellement et les lames horizontales de béton sont suspendues par des corbeaux s'avançant de biais, dans la prolongation des poteaux. La bibliothèque se développe sur trois niveaux autour d'un hall central prolongé par un patio planté, accessible aux lecteurs. Une rampe installée en contre-jour accentue l'impression de dépliement du sol vers le plafond. La lumière zénithale complète l'éclairement du patio en se réfléchissant sur d'immenses poutres en béton blanc inclinées à 45° et traversant le hall d'un seul jet. Les lames sont surmontées en partie haute d'un absorbant phonique couvert d'un velours rouge qui donne à la couleur de l'espace un reflet rosé. Dans ce hall semble flotter un volume de béton dont la lourdeur énigmatique et la géométrie anguleuse ne laisse pas apparaître la façon dont il est porté. L'unique poteau qui est sensé le soutenir est fortement décalé par rapport à l'avancée audacieuse du volume, accentuant l'impression de suspension de la sous-face. La structure de ce volume ne se comprend pas par rapport à une logique de point d'appui et son apparence paradoxale renforce l'impression de flottement. Ce dispositif, au cœur de l'édifice, est comme le patio intérieur, pratiquement invisible du dehors et sa découverte participe à l'impression de surprise dans la visite du bâtiment.